Tentative de réconciliation de l’économie et du développement social : la tendance ESG

Tentative de réconciliation de l’économie et du développement social : la tendance ESG

Par: Paakhi Bhatnagar, Research Leader for Russia and Central Asia pour Econogy Project

Traduit par Jade Payan, Project Manager pour Econogy Project

Au début des années 1970, Milton Friedman a pointé l’économie capitaliste et de marché comme le principal facteur de croissance économique. Répudiant les revendications keynésiennes en faveur d’un « grand gouvernement » et d’une augmentation des dépenses sociales, Friedman a fait confiance aux forces du marché pour augmenter la demande et atteindre l’équilibre – et la croissance – économique, donnant ainsi naissance au régime néolibéral. C’est ce volet du néolibéralisme qui prévaut dans le cadre industriel de la montée en puissance des entreprises, de la mondialisation économique et de la mobilité croissante des capitaux au-delà des frontières.

Si la pandémie du COVID-19 nous a appris quelque chose sur notre économie de marché actuelle, c’est l’échec du régime néolibéral à prendre en compte la croissance sociale parallèlement au développement économique. La nécessité d’un critère qui régule l’impact social des industries est alors apparue primordiale.

Ainsi sont nés les objectifs de développement durable des Nations unies. Cette liste de 17 objectifs de développement à atteindre d’ici 2030 a créé un précédent pour que tous les acteurs économiques ouvrent l’œil sur l’impact social de leurs activités. Les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) ont contribué à faciliter la connexion entre les entreprises, traditionnellement éloignées des processus sociopolitiques, et la société au sens large à laquelle elles s’adressent. Le cadre ESG complète les objectifs de développement durable et donne aux entreprises un critère cohérent pour mesurer et réduire leurs externalités en tandem avec des objectifs de maximisation des profits. Cette approche a gagné en popularité, non seulement dans les mouvements sociaux et les organisations internationales, mais aussi au sein des entreprises qui cherchent à maintenir leurs bénéfices à long terme en mesurant leur empreinte carbone.

L’apparition récente du variant Omicron repousse pour un temps encore nos espoirs de sortie de cette crise et appuie plus durablement son impact économique. Dans ce contexte, il semble crucial que les gouvernements du monde entier s’attachent à analyser ces deux dernières années de pandémie afin d’en tirer des leçons.

L’une de ces leçons (que plusieurs crises économiques nous avaient déjà enseignée par la passé) est que le marché est incroyablement volatile. L’un des impacts les plus forts de l’investissement dans l’ESG est la fondation d’un marché financier résilient et une contribution supplémentaire au développement durable. En fait, l’ESG est devenu l’un des critères les plus importants que les investisseurs examinent lorsqu’ils analysent la stratégie et les résultats d’une entreprise. Une enquête d’Investopedia a montré que 58 % de ses répondants ont développé un intérêt plus marqué pour l’ESG après 2020 et près d’un cinquième d’entre eux ont commencé à intégrer l’ESG dans leurs portefeuilles d’investissement.

Pendant mon stage d’observation d’un avocat d’affaires à Dubaï, j’ai pu constater l’importance attribuée à l’ESG au sein du Centre financier international de Dubaï (DIFC). De nombreux clients du cabinet d’avocats, dont HSBC et le promoteur immobilier DP World, avaient commencé à intégrer des réglementations environnementales dans leurs politiques afin de faire du DIFC un centre financier durable dans la région. Il en a résulté de meilleures notations de crédit, comme le souligne le guide ESG des marchés financiers de Dubaï, car les sociétés de notation, comme Fitch Ratings, examinent de plus en plus les performances non financières des entreprises afin d’évaluer les risques de crédit.

Outre la conscience environnementale, le critère social et de gouvernance a également des implications sur la viabilité et la rentabilité à long terme d’une entreprise. Un système de gouvernance transparent permet aux investisseurs et aux parties prenantes d’analyser plus facilement le risque financier et de retracer l’engagement d’une entreprise envers les politiques de diversité et d’inclusion. Au Royaume-Uni, les politiques de diversité et d’inclusion et la responsabilité sociale des entreprises (RSE) constituent une plate-forme importante où les entreprises peuvent démontrer leurs engagements sociaux à des parties prenantes plus larges.

Alors que la mondialisation a permis aux entreprises d’externaliser la main-d’œuvre, nombre d’entre elles – dont Nike et Apple – ont fait l’objet d’un examen public pour avoir maltraité les travailleurs de la chaîne d’approvisionnement. Après l’affaire COVID, les entreprises du monde entier modifient leurs processus commerciaux et offrent plus de flexibilité à leurs employés. Les dirigeants prévoient une diminution des voyages d’affaires et une augmentation de l’utilisation de la technologie numérique pour réduire les émissions de carbone. En fait, l’évaluation de la culture d’entreprise et de la satisfaction des employés est devenue un aspect important du portefeuille d’une entreprise. Le respect des directives sociales et la production d’un rapport transparent peuvent permettre aux investisseurs de créer un portefeuille moral et d’investir non seulement dans les affaires, mais aussi dans le développement mondial. Les débats visant à déterminer si l’économie néolibérale a exacerbé les inégalités et le réchauffement climatique n’ont pas encore atteint leur point culminant. Cependant, il est de plus en plus clair que l’initiative ESG a permis de réconcilier les intérêts des entreprises et de la société. C’est peut-être grâce à l’ESG que les entreprises peuvent jouer un rôle de premier plan dans l’infrastructure sociale de l’économie mondialisée.

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